Page:Verne - La Chasse au Météore, Hetzel, 1908.djvu/32

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
26
LA CHASSE AU MÉTÉORE

pice, et ce contretemps m’a particulièrement ennuyé aujourd’hui.

— Seriez-vous sur la piste de quelque découverte astronomique ?

— Je le crois, Francis. Mais je ne peux rien affirmer, tant qu’une nouvelle observation…

— Voilà donc, monsieur, interrompit Mitz d’un ton sec, ce qui vous travaille depuis une huitaine de jours, au point que vous prenez racine dans votre tour, et que vous vous relevez la nuit… Oui ! trois fois la nuit dernière, je vous ai bien entendu, car, Dieu merci, je n’ai pas la berlue, peut-être ! ajouta-t-elle sous forme de réponse à un geste de son maître et afin sans doute de bien faire comprendre qu’elle n’était pas encore sourde.

— En effet, ma bonne Mitz », reconnut Mr Dean Forsyth d’un ton conciliant.

Douceur superflue.

« Une découverte astrocomique ! reprit la digne servante avec indignation. Et quand vous vous serez mangé les sangs, quand, à force de regarder dans vos tuyaux, vous aurez attrapé un tour d’airain (tour de reins), une couverture (courbature) ou une flexion de poitrine (fluxion de poitrine), c’est ça qui vous fera une belle jambe ! Est-ce vos étoiles qui viendront vous soigner, et le docteur vous ordonnera-t-il de les avaler en pilules ? »

Étant donnée la tournure de ce commencement de dialogue, Dean Forsyth comprit que mieux valait ne pas répondre. Il continua à manger en silence, si troublé, toutefois, qu’à plusieurs reprises il prit son verre pour son assiette, et réciproquement.

Francis Gordon s’efforçait de maintenir la conversation, mais c’était comme s’il eût discouru dans le désert. Son oncle, toujours sombre, ne paraissait pas l’entendre. Si bien qu’il en vint à parler du temps. Lorsqu’on ne sait trop que dire, on cause du temps qu’il a fait, ou qu’il fera. Matière inépuisable, à la portée de toutes les intelligences. Cette question atmosphérique intéressait d’ailleurs Mr Dean Forsyth. Aussi, à un certain moment où un épaississement des nuages rendait la salle à manger plus obscure, il releva la tête, regarda la fenêtre et, laissant d’une main accablée retomber sa fourchette, il s’écria :

« Est-ce que ces maudits nuages ne vont pas enfin dégager le ciel, fût-ce au prix d’une pluie torrentielle ?