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la maison à vapeur.

CHAPITRE III

le kraal.


La mort de ce malheureux nous avait vivement impressionnés, surtout dans les conditions où elle venait de se produire. Mais la morsure du serpent-fouet, l’un des plus venimeux de la péninsule, ne pardonne pas. C’était une victime de plus à ajouter aux milliers que font annuellement dans l’Inde ces redoutables reptiles[1].

On a dit, — plaisamment, je suppose, — qu’il n’y avait pas de serpents, autrefois, à la Martinique, et que ce sont les Anglais qui les y ont importés, lorsqu’ils ont dû rendre l’île à la France. Les Français n’ont pas eu à user de ce genre de représailles, quand ils ont abandonné leurs conquêtes de l’Inde. C’était inutile, et il faut convenir que la nature s’est montrée prodigue à cet égard.

Le corps de l’Indou, sous l’influence du venin, se décomposait rapidement. On dut procéder à son inhumation immédiate. Ses compagnons s’y employèrent, et il fut déposé dans une fosse assez profonde pour que les carnassiers ne pussent le déterrer.

Dès que cette triste cérémonie eut été achevée, Mathias Van Guitt nous invita à l’accompagner au kraal, — invitation qui fut acceptée avec empressement.

Une demi-heure nous suffit pour atteindre l’établissement du fournisseur. Cet établissement justifiait bien ce nom de « kraal », qui est plus spécialement employé par les colons du sud de l’Afrique.

C’était un grand enclos oblong, disposé au plus profond de la forêt, au milieu d’une vaste clairière. Mathias Van Guitt l’avait aménagé avec une parfaite entente des besoins du métier. Un rang de hautes palissades, percé

  1. En 1877, 1677 êtres humains ont péri par la morsure des serpents. Les primes payées par le gouvernement pour la destruction de ces reptiles indiquent qu’en cette même année, on en a tué 127,293.