Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/75

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s’élever vers la lisière de la forêt, qui fut atteinte à trois heures de l’après-midi.

Au delà, jusqu’au plateau d’Orgall, s’étendait le rideau des arbres verts, plus clairsemés à mesure que le versant du massif gagnait en altitude.

En cet endroit, le Nyad reparaissait au milieu des roches, soit qu’il se fût infléchi au nord-ouest, soit que Nic Deck eût obliqué vers lui. Cela donna au jeune forestier la certitude qu’il avait fait bonne route, puisque le ruisseau semblait sourdre des entrailles du plateau d’Orgall.

Nic Deck ne put refuser au docteur une heure de halte au bord du torrent. D’ailleurs, l’estomac réclamait son dû aussi impérieusement que les jambes. Les bissacs étaient bien garnis, le rakiou emplissait la gourde du docteur et celle de Nic Deck. En outre, une eau limpide et fraîche, filtrée aux cailloux du fond, coulait à quelques pas. Que pouvait-on désirer de plus ? On avait beaucoup dépensé, il fallait réparer la dépense.

Depuis leur départ, le docteur n’avait guère eu le loisir de causer avec Nic Deck, qui le précédait toujours. Mais il se dédommagea, dès qu’ils furent assis tous les deux sur la berge du Nyad. Si l’un était peu loquace, l’autre était volontiers bavard. D’après cela, on ne s’étonnera pas que les questions fussent très prolixes, et les réponses très brèves.

« Parlons un peu, forestier, et parlons sérieusement, dit le docteur.

— Je vous écoute, répondit Nic Deck.

— Je pense que si nous avons fait halte en cet endroit, c’est pour reprendre des forces…

— Rien de plus juste.

— Avant de revenir à Werst…

— Non… avant d’aller au burg.

— Voyons, Nic, voilà six heures que nous marchons, et c’est à peine si nous sommes à mi-route…