Page:Verne - Michel Strogoff - pièce à grand spectacle en 5 actes et 16 tableaux, 1880.djvu/11

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est prête, monsieur.

BLOUNT. – Je vais faire mon toilette, et je revenai régler ma compte avec vous, mister !

JOLLIVET. – Je suis tout prêt à vous rembourser, monsieur.

BLOUNT. – Non, pas avec argent... Vous payer autrement, mister Jollivette.

JOLLIVET. – Jollivet, s’il vous plaît.

BLOUNT, avec colère. – Jollivette ! Jollivette ! Jollivette ! (Il sort.)


Scène VII


Le maître de poste, Jollivet.


Le maître de poste commence à servir le déjeuner de Blount.

LE MAÎTRE DE POSTE. – Il s’en va furieux, le gentleman.

JOLLIVET. – Et il reviendra de même !... Il y a de quoi !... À sa place, je serais hors de moi !... (Au maître de poste.) Qu’est-ce que vous servez donc là !...

LE MAÎTRE DE POSTE. – Le déjeuner du gentleman.

JOLLIVET. – Ah ! c’est son déjeuner... cela a l’air d’être bon. (Il s’asseoit à la table.)

LE MAÎTRE DE POSTE. – Permettez, monsieur, je vous l’ai dit. C’est le déjeuner du gentleman !

JOLLIVET. – Eh bien ?... (Il se met à manger.)

LE MAÎTRE DE POSTE. – Mais, monsieur, il a payé d’avance.

JOLLIVET. – Ah ! il a payé d’avance. Alors vous ne risquez plus rien !...

LE MAÎTRE DE POSTE. – Mais le gentleman ?

JOLLIVET. – Nous sommes en compte... C’est très bon !

LE MAÎTRE DE POSTE. – Mais, monsieur, monsieur !...

JOLLIVET, mangeant. – Soyez donc tranquille, je me charge de tout. Décidément, vous cuisinez très bien, mon cher.

LE MAÎTRE DE POSTE, flatté. – Merci du compliment, monsieur.

JOLLIVET. – Ah ! c’est que nous sommes connaisseurs en cuisine, nous autres Français.

LE MAÎTRE DE POSTE. – Oui, oui, de grands connaisseurs !

JOLLIVET, mangeant. – Et la vôtre, mon cher, est exquise !

LE MAÎTRE DE POSTE. – Exquise... en vérité ?... Vous trouvez cela ?

JOLLIVET. – Exquise, vous dis-je !

LE MAÎTRE DE POSTE. – Eh bien, si monsieur veut goûter ceci... je crois qu’il le trouvera encore meilleur. (Il lui présente un second plat.)

JOLLIVET. – Excellent, en effet... c’est fin, c’est délicat, c’est...

LE MAÎTRE DE POSTE, présentant un troisième plat. – Vous me direz encore ce que vous pensez de celui-ci.

JOLLIVET, riant. – Avec plaisir... Mais, dites donc... Eh bien, et le gentleman ?...

LE MAÎTRE DE POSTE. – Tiens, c’est vrai !... j’oubliais que c’est son déjeuner... Ah ! bah !... tant pis.

JOLLIVET. – À propos, que dit-on des Tartares ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – Que le pays est envahi tout entier, et que les troupes russes du Nord ne seront pas en force pour les repousser... On s’attend à une bataille avant deux jours.

JOLLIVET. – De quel côté ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – Près de Kolyvan.


Scène VIII


Les mêmes, Blount


À ce moment, Blount sort de la maison de poste.

BLOUNT. – Aoh ! mon toilette était faite... je mourais de faim... je... (Voyant Jollivet.) Aoh !

JOLLIVET. – À votre santé, monsieur Blount.

BLOUNT, au maître de poste. – Et ma déjeuner ? Vous avez donc pas servi ma déjeuner ?

JOLLIVET, montrant les plats vides. – Si fait, il est servi, monsieur Blount, et voilà ce qu’il en reste !

BLOUNT. – Alors, c’était ma déjeuner que vous aviez mangé ?

JOLLIVET. – Il était excellent.

BLOUNT. – C’était ma koulbat ?

JOLLIVET. – Exquis, le koulbat !

BLOUNT. – Vous me rendez raison ici même !...

JOLLIVET. – Non, pas ici... plus tard, après la bataille qui va avoir lieu et dont je tiens à rendre compte à ma cousine Madeleine.

BLOUNT, étonné. – La bataille ?

JOLLIVET. – Apprenez, cher confrère, que les armées russe et tartare vont se rencontrer dans deux jours.

BLOUNT. – Ah ! très biène !... Attendez un minute... (Écrivant.) « Rencontre prochain des armées ennemies... » Continouyez, mister !... je tourai vous après.

JOLLIVET. – Merci... Cette bataille aura lieu à Kolyvan.

BLOUNT, écrivant. – « À Kolyvan »... Kolyvan... per une K ?

JOLLIVET. – Par oune K ?... oui.

BLOUNT. – Well, merci.. C’était à l’épée, n’est-ce pas ?...

JOLLIVET. – La bataille ?

BLOUNT. – Notre douel. Mais je voulais être générouse, et puisque vous donnez à moi une renseignement pour mon journal, je laissai à vous le choix des armes.

JOLLIVET. – Du tout, du tout, je ne veux pas de faveur. Quelle est l’arme que vous préférez ?

BLOUNT. – L’épée, mister.

JOLLIVET. – Très bien !... Moi, j’aime mieux le pistolet. Alors nous choisissons l’épée