Page:Verne - Michel Strogoff - pièce à grand spectacle en 5 actes et 16 tableaux, 1880.djvu/10

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et regardant l’âne. – Qu’est-ce que vous dites ? bassiner un lit pour... (À lui-même.) bassiner une lit ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – Un lit pour vous, monsieur, car je suis aussi hôtelier.

BLOUNT. – Oh ! very well, une lit pour moi, et...

LE MAÎTRE DE POSTE, montrant l’âne. – Et une litière pour lui ?

BLOUNT, riant. – Yes. Maintenant, je voulai déjeuner d’abord. Ensuite vous donner à moi une voiture et une chivau. (Il entraîne son âne que le garçon emmène.)

LE MAÎTRE DE POSTE. – Il n’en reste plus, monsieur.

BLOUNT. – Vous avez pas des chivaux ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – Pas avant demain ou après-demain.

BLOUNT. – Oh ! si je tenais celui qui avait volé moi !

LE MAÎTRE DE POSTE. – On vous a volé, monsieur ?

BLOUNT. – Yes, mon voiture et mon valise... et si je découvrais mon coquine de voleur...

LE MAÎTRE DE POSTE. – Que désire monsieur pour son déjeuner ?

BLOUNT. – Vous servez à moi, là, sur ce table, vous servez... (Cherchant.) Vous servez... beefsteack, stockfish, côtelettes de mottonn, poum de terre, plumpudding, ale, porter et clarette... Vous avez bien entendu ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – J’ai très bien entendu. Monsieur a dit : beefsteack, stockfish, côtelettes...

BLOUNT. – Poum de terre, plumpudding, ale, porter et clarette !

LE MAÎTRE DE POSTE. – Mais... c’est que nous n’avons rien de tout cela, monsieur !

BLOUNT. – Vous avez rien, et vous faites dire à moi ce que je préférais !

LE MAÎTRE DE POSTE. – Je puis offrir à monsieur du koulbat.

BLOUNT. – Quelle est cette chose... koulbat ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – Un pâté fait avec de la viande pilée et des oeufs.

BLOUNT, notant sur son carnet. – Oh ! very well, koulbat... vous écrivez cela : C, o, u, l...

LE MAÎTRE DE POSTE. – Non, non, par un K.

BLOUNT, étonné. – Oh ! per oune K !... et c’était bonne tout de même !

LE MAÎTRE DE POSTE. – Excellent !

BLOUNT. – Alors, servez koulbat. Et vous avez encore ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – Du kwass.

BLOUNT. – Kwass... Vous écrivez. – C, v, a...

LE MAÎTRE DE POSTE. – Non, par un K !

BLOUNT. – Encore une K ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – Du caviar.

BLOUNT. – Par une K... toujours ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – Non, par un C.

BLOUNT. – Per oune C à présent ! Et c’était toujours bonne tout...

LE MAÎTRE DE POSTE, riant. – Et c’est très bon tout de même...

BLOUNT, très sérieux. – Oh ! vous êtes une joyeuse hôtelière... Vous avez une chambre pour le toilette à moi ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – On va la préparer.

BLOUNT. – Attendez, attendez... Je payais d’avance pour être bien sûr.

LE MAÎTRE DE POSTE. – Comme vous voudrez.

BLOUNT. – Combien ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – Deux roubles pour le déjeuner, deux roubles pour la chambre.

BLOUNT. – Voilà ! – Ah ! mon hâne ! Faites bouchonner, manger et buver lui. (En ce moment, Blount, qui s’est dirigé vers l’auberge, se trouve devant la valise qui a été déposée par Jollivet.) Aoh !

LE MAÎTRE DE POSTE. – Qu’est-ce donc ?

BLOUNT. – Ce vélise, mister, ce vélise !

LE MAÎTRE DE POSTE. – Elle appartient à un voyageur qui l’a déposée là en arrivant.

BLOUNT. – Mais c’était la mienne !...

LE MAÎTRE DE POSTE. – La vôtre ?

BLOUNT. – Et cette voyageur ?...

LE MAÎTRE DE POSTE. – Le voilà, monsieur.


Scène VI


Les mêmes, Jollivet


JOLLIVET, sortant de la maison. – Blount ! mon ennemi !...

BLOUNT, furieux. – Ce vélise, monsieur, ce vélise !...

JOLLIVET, tranquillement. – Elle est à vous, monsieur Blount. Ah ! j’ai eu assez de mal à la porter !

BLOUNT. – À l’emporter, vous voulez dire !

JOLLIVET. – Oh ! une erreur ! J’allais vous la renvoyer par la petite vitesse !

BLOUNT, furieux. – Petite vitesse !... Mister...

JOLLIVET, à part. – Dieu que c’est beau, un Anglais furieux !

BLOUNT. – Et le voiture, monsieur ?...

JOLLIVET. – J’allais vous en renvoyer la moitié !

BLOUNT. – Le moitié ?

JOLLIVET. – L’autre court encore !

BLOUNT. – Ah ! c’est comme ça, mister. Eh bien, je ferai un procès à vous !...

JOLLIVET. – Un procès !... me faire un procès... en Russie !... Mais vous ne connaissez donc pas l’histoire de cette nourrice qui réclamait des gages pour la nourriture de son nourrisson qu’elle rendait à ses parents ?...

BLOUNT, hors de lui. – Je connais pas !...

JOLLIVET. – Eh bien, le nourrisson, qui avait dix mois, lorsqu’on entama le procès... était colonel, lorsqu’il fut jugé... Ainsi je vous engage à ne pas plaider contre moi !...

LE MAÎTRE DE POSTE, entrant, à Blount. – Votre chambre