Page:Verne - Michel Strogoff - pièce à grand spectacle en 5 actes et 16 tableaux, 1880.djvu/25

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L’OFFICIER, aux tartares. – Feu ! vous autres !

BLOUNT. – Jollivet, tirez sur les soldats !... Je me charge, moi, du capitaine ! (Il tire.)

L’OFFICIER, blessé. – Ah !

BLOUNT. – Je avais bien visé, n’est-ce pas ?

JOLLIVET. – Très bien visé, ami Blount !

Les Tartares entourent leur chef, pendant que Strogoff et Nadia détachent Marfa.

L’OFFICIER. – Emmenez-moi aux réservoirs !... C’est l’ordre d’Ogareff !

Les Tartares l’emmènent.

BLOUNT, JOLLIVET. – Vive la France ! vive l’Angleterre ! hurrah ! hip ! hip !

JOLLIVET. – Tiens, Michel Strogoff !

STROGOFF. – Merci, monsieur Jollivet ! Merci, monsieur Blount !

BLOUNT. – C’était nous, infortuné aveugle !

STROGOFF. – Ne perdons pas une minute !... Ce radeau vous conduisait...

JOLLIVET. – À Irkoutsk.

STROGOFF. – À Irkoutsk !... C’est le ciel qui vous envoie.

BLOUNT. – Oui, toujours très maligne, le ciel !

MARFA. – Vous nous emmenez avec vous !

JOLLIVET. – Certes !... En descendant le cours de l’Angara, nous pénétrerons dans Irkoutsk à la faveur de la nuit !

STROGOFF. – Embarquons !

JOLLIVET. – Il n’est donc pas aveugle !

MARFA. – Sa tendresse filiale a sauvé mon enfant ! Ses yeux, en m’adressant un dernier adieu, étaient inondés de tant de larmes !...

BLOUNT. – Ah ! bonne ! très bien ! je comprends, et je voulais instruire de cette chose notre Académie de médecine !

JOLLIVET. – Oui, oui, écrivez, Blount : Fer rouge excellent pour sécher les larmes...

BLOUNT. – Mais insiouffisant pour brûler la vue !

TOUS. – Embarquons.

Ils s’embarquent.


Douzième tableau – Les rives de l’Angara.


Le panorama du fond se déplace peu à peu, pendant que le radeau est immobile, et montre divers sites des rives du fleuve.


Treizième tableau – Le fleuve de naphte.


La nuit est venue. Le courant de naphte s’enflamme à la surface du fleuve, et le radeau, vigoureusement repoussé passe à travers.


Quatorzième tableau – La ville en feu.


Irkoutsk est en feu. La population se précipite de tous côtés. Strogoff apparaît et s’élance à travers une porte embrasée.



Acte cinquième


Quinzième tableau – Le palais du Grand-Duc.


Une chambre basse de la casemate de la porte Tchernaïa, à Irkoutsk. Porte au fond, portes latérales. Large fenêtre à droite, éclairée par le reflet de l’incendie. Tocsin sonnant à toute volée.


Scène I


Le Grand-Duc, le général Voronzoff, officiers.


LE GRAND-DUC. – Il a fallu la main d’un barbare pour répandre sur la surface du fleuve tout un courant de naphte.

VORONZOFF. – Les soldats de l’émir ont, sans doute, renversé la muraille de l’immense réservoir du Baïkal.

LE GRAND-DUC. – Et une étincelle a suffi pour embraser ce naphte et incendier les maisons dont les pilotis baignent dans le fleuve ! Les misérables ! employer de pareils moyens de destruction !

VORONZOFF. – C’est une guerre de sauvages qu’ils veulent nous faire ! Altesse, ils ont juré l’extermination de la ville !

LE GRAND-DUC. – Ils ne sont pas encore les maîtres d’Irkoutsk. Général, le feu a-t-il fait de nombreuses victimes ?

VORONZOFF. – Presque tous les habitants sont parvenus à se sauver.

LE GRAND-DUC. – Que l’on secoure ses pauvres gens... qu’ils soient logés dans mon palais, dans les établissements publics, chez tous ceux que l’incendie a épargnés !...

VORONZOFF. – Tous leur viennent en aide, Altesse, et rien ne leur manquera ! Le dévouement de notre population égale son patriotisme !

LE GRAND-DUC. – Bien ! Bien ! Cet incendie doit être un moyen de diversion ! Dès que le feu sera localisé, que tous les défenseurs retournent aux remparts !

VORONZOFF. – À ce sujet, Altesse, j’ai à vous faire connaître une supplique pour laquelle a été invoqué mon intermédiaire.

LE GRAND-DUC. – Par qui m’est-elle adressée ?

VORONZOFF. – Par tous les exilés politiques qui au début de l’invasion ont reçu l’ordre de rentrer dans la ville. Votre Altesse sait qu’ils se sont bravement battus déjà et qu’elle peut compter sur leur patriotisme.

LE GRAND-DUC. – Je le sais !... Que demandent-ils ?

VORONZOFF. – Ils demandent que Votre Altesse daigne leur faire l’honneur de recevoir une députation d’entre eux.

LE GRAND-DUC. – Quel est le chef de cette députation ?

VORONZOFF. – Un exilé qui s’est particulièrement distingué depuis l’investissement de la ville.

LE GRAND-DUC. – Son