Page:Verne - Un capitaine de quinze ans, Hetzel, 1878.djvu/13

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le brick-goélette pilgrim.

sur le « fin-back » ou jubarte, gigantesque mammifère, dont les attaques ne sont pas sans danger.

C’est ce qu’avait fait le capitaine Hull pendant cette campagne, mais, à son prochain voyage, il comptait bien s’élever plus haut en latitude, et, s’il le fallait, aller jusqu’en vue de ces terres Clarie et Adélie, dont la découverte, contestée par l’Américain Wilkes, appartient définitivement à l’illustre commandant de l’Astrolabe et de la Zélée, au Français Dumont d’Urville.

En somme, la saison n’avait pas été heureuse pour le Pilgrim. Au commencement de janvier, c’est-à-dire vers le milieu de l’été austral, et bien que l’époque du retour ne fût pas encore venue pour les baleiniers, le capitaine Hull avait été contraint d’abandonner les lieux de pêche. Son équipage de renfort, — un ramassis d’assez tristes sujets, — lui « chercha des raisons », comme on dit, et il dut songer à s’en séparer.

Le Pilgrim mit donc le cap au nord-ouest, sur les terres de la Nouvelle-Zélande, dont il eut connaissance le 15 janvier. Il arriva à Waitemata, port d’Auckland, situé au fond du golfe de Chouraki, sur la côte est de l’île septentrionale, et il débarqua les pêcheurs qui avaient été engagés pour la saison.

L’équipage n’était pas content. Il manquait au moins deux cents barils d’huile au chargement du Pilgrim. Jamais on n’avait fait plus mauvaise pêche. Le capitaine Hull rentrait donc avec le désappointement d’un chasseur émérite, qui, pour la première fois, revient bredouille, — ou à peu près. Son amour-propre, très surexcité, était en jeu, et il ne pardonnait pas à ces gueux dont l’insubordination avait compromis les résultats de sa campagne.

Ce fut en vain qu’on essaya de recruter à Auckland un nouvel équipage de pêche. Tous les marins disponibles étaient embarqués sur les autres navires baleiniers. Il fallut donc renoncer à l’espoir de compléter le chargement du Pilgrim, et le capitaine Hull se disposait à quitter définitivement Auckland, lorsqu’une demande de passage lui fut faite, à laquelle il ne pouvait refuser d’acquiescer.

Mrs. Weldon, femme de l’armateur du Pilgrim, son jeune fils Jack, âgé de cinq ans, et l’un de ses parents, qu’on appelait le cousin Bénédict, se trouvaient alors à Auckland. James-W. Weldon, que ses opérations de commerce obligeaient quelquefois à visiter la Nouvelle-Zélande, les y avait amenés tous trois, et comptait bien les reconduire à San-Francisco.

Mais, au moment où toute la famille allait partir, le petit Jack tomba assez grièvement malade, et son père, impérieusement réclamé par ses affaires, dut quitter Auckland, en y laissant sa femme, son fils et le cousin Bénédict.