Page:Verne - Un capitaine de quinze ans, Hetzel, 1878.djvu/15

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le brick-goélette pilgrim.

grand, étroit plutôt que maigre, la figure osseuse, le crâne énorme et très chevelu, on reconnaissait dans toute son interminable personne un de ces dignes savants à lunettes d’or, êtres inoffensifs et bons, destinés à rester toute leur vie de grands enfants et à finir très vieux, comme des centenaires qui mourraient en nourrice.

« Cousin Bénédict », — c’est ainsi qu’on l’appelait invariablement, même en dehors de la famille, et, en vérité, il était bien de ces bonnes gens qui ont l’air d’être les cousins nés de tout le monde, — cousin Bénédict, toujours gêné de ses longs bras et de ses longues jambes, eût été absolument incapable de se tirer seul d’affaire, même dans les circonstances les plus ordinaires de la vie. Il n’était pas gênant, oh ! non, mais plutôt embarrassant pour les autres et embarrassé pour lui-même. Facile à vivre, d’ailleurs, s’accommodant de tout, oubliant de boire ou de manger, si on ne lui apportait pas à manger ou à boire, insensible au froid comme au chaud, il semblait moins appartenir au règne animal qu’au règne végétal. Qu’on se figure un arbre bien inutile, sans fruits et presque sans feuilles, incapable de nourrir ou d’abriter, mais qui aurait un bon cœur.

Tel était cousin Bénédict. Il eût bien volontiers rendu service aux gens, si, dirait M. Prudhomme, il eût été capable d’en rendre !

Enfin, on l’aimait pour sa faiblesse même. Mrs. Weldon le regardait comme son enfant, — un grand frère aîné de son petit Jack.

Il convient d’ajouter ici que cousin Bénédict n’était, cependant, ni désœuvré ni inoccupé. C’était, au contraire, un travailleur. Son unique passion, l’histoire naturelle, l’absorbait tout entier.

Dire « l’histoire naturelle », c’est beaucoup dire.

On sait que les diverses parties dont se compose cette science sont la zoologie, la botanique, la minéralogie et la géologie. Or, cousin Bénédict n’était, à aucun degré, ni botaniste, ni minéralogiste, ni géologue.

Était-il donc un zoologiste dans l’entière acception du mot, quelque chose comme une sorte de Cuvier du Nouveau-Monde, décomposant l’animal par l’analyse ou le recomposant par la synthèse, un de ces profonds connaisseurs, versés dans l’étude des quatre types auxquels la science moderne rapporte toute l’animalité, vertébrés, mollusques, articulés et rayonnés ? De ces quatre divisions, le naïf mais studieux savant avait-il observé les diverses classes et fouillé les ordres, les familles, les tribus, les genres, les espèces, les variétés qui les distinguent ?

Non.