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un capitaine de quinze ans.

On allait ainsi, prudemment et rapidement. Parfois, se voyaient des traces récentes d’une passée d’hommes ou d’animaux. Les branches des buissons et des broussailles, écartées ou brisées, permettaient alors de marcher d’un pas plus égal. Mais, la plupart du temps, des obstacles multiples, qu’il fallait renverser, retardaient la petite troupe, au grand déplaisir de Dick Sand. C’étaient des lianes entremêlées qu’on a pu justement comparer au gréement en désordre d’un navire, certains sarments semblables à des damas recourbés, dont la lame serait garnie de longues épines, des serpents végétaux, longs de cinquante ou soixante pieds, qui ont la propriété de se retourner pour piquer le passant de leurs dards aigus. Les noirs, la hache à la main, les coupaient à grands coups, mais ces lianes reparaissaient sans cesse, depuis le ras du sol jusqu’à la cime des plus hauts arbres qu’elles enguirlandaient.

Le règne animal n’était pas moins curieux que le règne végétal dans cette partie de la province. Les oiseaux voletaient en grand nombre sous cette puissante ramure, mais, on le comprend, ils n’avaient aucun coup de fusil à craindre de la part de gens qui voulaient passer aussi secrètement que rapidement. Il y avait là des pintades par bandes considérables, des francolins de diverses sortes, très difficiles à approcher, et quelques-uns de ces oiseaux que les Américains du Nord ont, par onomatopée, appelés « vhip-poor-will », trois syllabes qui reproduisent exactement leurs cris. Dick Sand et Tom auraient pu vraiment se croire sur quelque province du nouveau continent. Mais, hélas ! ils savaient à quoi s’en tenir ! Jusqu’alors, les fauves, si dangereux en Afrique, n’avaient point approché la petite troupe. On vit encore, dans cette première étape, des girafes qu’Harris eût sans doute désignées sous le nom d’autruches, — en vain, cette fois. Ces rapides animaux passaient rapidement, effrayés par l’apparition d’une caravane sous ces forêts peu fréquentées. Au loin, à la lisière des prairies, s’élevait parfois aussi un épais nuage de poussière. C’était un troupeau de buffles qui galopait avec un bruit de chariots pesamment chargés.

Pendant deux milles, Dick Sand suivit ainsi le cours de la rivulette, qui devait aboutir à quelque rivière plus importante. Il lui tardait d’avoir confié ses compagnons au rapide courant de l’un des fleuves du littoral. Il comptait bien que dangers et fatigues seraient moins grands.

Vers midi, trois milles avaient été franchis sans mauvaise rencontre. D’Harris ou de Negoro, il n’y avait aucune trace. Dingo n’avait pas reparu.

Il fallut faire halte pour prendre repos et nourriture.