Page:Verne - Un capitaine de quinze ans, Hetzel, 1878.djvu/45

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S. V.

un garçon sûr, très supérieur à son âge, et qui n’a jamais mérité un blâme depuis que nous le connaissons.

— Oui, c’est un bon sujet, reprit le capitaine Hull, justement aimé et apprécié de tous !

— Cette campagne terminée, dit Mrs. Weldon, je sais que l’intention de mon mari est de lui faire suivre des cours d’hydrographie, de manière qu’il puisse obtenir plus tard un brevet de capitaine.

— Et monsieur Weldon a raison, répondit le capitaine Hull. Dick Sand fera un jour honneur à la marine américaine.

— Ce pauvre orphelin a commencé douloureusement la vie ! fit observer Mrs. Weldon. Il a été à dure école !

— Sans doute, mistress Weldon, mais les leçons n’ont pas été perdues pour lui. Il a compris qu’il fallait qu’il se tirât d’affaire en ce monde, et il est en bon chemin.

— Oui, le chemin du devoir !

— Regardez-le maintenant, mistress Weldon, reprit le capitaine Hull. Il est à la barre, l’œil fixé sur le point de la misaine. Pas de distraction de la part de ce jeune novice, aussi pas d’embardée au navire ! Dick Sand a déjà la sûreté d’un vieux timonier ! Bon début pour un marin ! Notre métier, mistress Weldon, est de ceux qu’il faut commencer tout enfant. Qui n’a pas été mousse n’arrivera jamais à faire un marin complet, au moins dans la marine marchande. Il faut que tout devienne leçon, et, par suite, que tout soit en même temps instinctif et raisonné chez l’homme de mer, — la résolution à prendre aussi bien que la manœuvre à exécuter.

— Cependant, capitaine Hull, répondit Mrs. Weldon, les bons officiers ne manquent pas dans la marine de guerre.

— Non, répondit le capitaine Hull, mais, suivant moi, les meilleurs ont presque tous débuté enfants dans la carrière, et, sans parler de Nelson et de quelques autres, les plus mauvais ne sont pas ceux qui ont commencé par être mousses. »

En ce moment, on vit surgir par le capot d’arrière cousin Bénédict, toujours absorbé et aussi peu de ce monde que le sera le prophète Élie, lorsqu’il reviendra sur la terre.

Cousin Bénédict se mit à aller et venir sur le pont, comme une âme en peine, fouillant du regard les interstices des bastingages, furetant sous les cages à poules, promenant sa main entre les coutures du pont, là où le brai s’était écaillé.