Page:Verne - Un capitaine de quinze ans, Hetzel, 1878.djvu/61

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une baleine en vue.

« Cousin Bénédict ? » cria-t-elle.

Cousin Bénédict apparut hors du capot, presque en même temps que le capitaine Hull.

« Cousin Bénédict, dit Mrs. Weldon, voyez donc cet immense banc rougeâtre qui s’étend à perte de vue.

— Tiens ! dit le capitaine Hull, voilà du manger de baleine ! Monsieur Bénédict, une belle occasion pour étudier cette curieuse espèce de crustacés !

— Peuh ! fit l’entomologiste.

— Comment ! peuh ! s’écria le capitaine. Mais vous n’avez pas le droit de professer une telle indifférence ! Ces crustacés forment une des six classes des articulés, si je ne me trompe, et comme tels…

— Peuh ! fit encore cousin Bénédict en secouant la tête.

— Par exemple ! Je vous trouve passablement dédaigneux pour un entomologiste !

— Entomologiste, soit, répondit cousin Bénédict, mais plus spécialement hexapodiste, capitaine Hull, veuillez ne pas l’oublier !

— En tout cas, répondit le capitaine Hull, que ces crustacés ne vous intéressent pas, soit, mais il en serait autrement, si vous possédiez un estomac de baleine ! Quel régal, alors ! — Voyez-vous, mistress Weldon, lorsque, nous autres baleiniers, pendant la saison de pêche, nous arrivons en vue d’un banc de ces crustacés, il n’est que temps de préparer nos harpons et nos lignes ! Nous sommes certains que le gibier n’est pas loin !

— Est-il possible que d’aussi petites bêtes puissent en nourrir de si grosses ? s’écria Jack.

— Eh ! mon garçon, répondit le capitaine Hull, des petits grains de semoule, de la farine, de la poussière de fécule, ne font-ils pas de très bons potages ? Oui, et la nature a voulu qu’il en fût ainsi. Lorsqu’une baleine flotte au milieu de ces eaux rouges, sa soupe est servie, elle n’a plus qu’à ouvrir son immense bouche. Des myriades de crustacés y pénètrent, les nombreuses barbes de ces fanons dont le palais de l’animal est garni se tendent comme les filets d’un parc de pêcheurs, rien n’en peut plus sortir, et la masse des crustacés va s’engouffrer dans le vaste estomac de la baleine, tout comme le potage de ton dîner dans le tien.

— Vous pensez bien, Jack, fit observer Dick Sand, que dame baleine ne perd pas son temps à éplucher un à un ces crustacés, comme vous épluchez des crevettes !

— J’ajoute, dit le capitaine Hull, que c’est précisément lorsque l’énorme