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une baleine en vue.

s’en emparer ! Les chasseurs de gros gibier sont plus ardents, dit-on, que les chasseurs de petit gibier. Donc, plus l’animal est gros, plus il excite la convoitise ! Que doivent ressentir alors des chasseurs d’éléphants et des pêcheurs de baleines ? Et puis, il y avait aussi ce désappointement qu’éprouvait tout l’équipage du Pilgrim de revenir avec un chargement incomplet !…

Cependant, le capitaine Hull cherchait à reconnaître l’animal qui avait été signalé au large. Il n’était pas très visible de cette distance. Toutefois, l’œil exercé d’un baleinier ne pouvait se tromper à certains détails plus faciles à relever de loin.

En effet, le jet, c’est-à-dire cette colonne de vapeur et d’eau que la baleine rejette par ses évents, devait attirer l’attention du capitaine Hull et le fixer sur l’espèce à laquelle appartenait ce cétacé.

« Ce n’est point là une baleine franche, s’écria-t-il. Son jet serait à la fois plus élevé et d’un volume moins considérable. D’autre part, si le bruit que fait ce jet en s’échappant pouvait être comparé au bruit éloigné d’une bouche à feu, je serais porté à croire que cette baleine appartient à l’espèce des « hump-backs » ; mais il n’en est rien, et, en prêtant l’oreille, on peut s’assurer que ce bruit est d’une nature toute différente. — Quelle est ton opinion à ce sujet, Dick ? demanda le capitaine Hull en se retournant vers le novice.

— Je croirais volontiers, capitaine, répondit Dick Sand, que nous avons affaire à une jubarte. Voyez comme ses évents rejettent violemment dans l’air cette colonne de liquide. Ne vous semble-t-il pas aussi, — ce qui me donnerait raison, — que ce jet contient plus d’eau que de vapeur condensée ? Et, si je ne me trompe, c’est une particularité spéciale à la jubarte.

— En effet, Dick, répondit le capitaine Hull. Il n’y a plus de doute possible ! C’est une jubarte qui flotte à la surface de ces eaux rouges !

— Que c’est beau ! s’écria le petit Jack.

– Oui, mon garçon ! Et quand on pense que la grosse bête est là, en train de déjeuner, et ne se doute guère que des baleiniers la regardent !

— J’oserais affirmer que c’est une jubarte de grande taille, fit observer Dick Sand.

— Certes, répondit le capitaine Hull, qui se passionnait peu à peu. Je lui donne au moins soixante-dix pieds de longueur !

— Bon ! ajouta le maître d’équipage. Il suffirait d’une demi-douzaine de baleines de cette taille pour remplir un navire grand comme le nôtre !

— Oui, cela suffirait ! répliqua le capitaine Hull, qui monta sur le beaupré afin de mieux voir.