Page:Verne - Un capitaine de quinze ans, Hetzel, 1878.djvu/85

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capitaine sand.

Oui ! ils ne pouvaient trop implorer l’aide de Celui qui peut tout, car leur situation était des plus graves !

Ce navire qui les portait n’avait plus de capitaine pour le commander, plus d’équipage pour le manœuvrer. Il se trouvait au milieu de cet immense océan Pacifique, à des centaines de milles de toutes terres, à la merci des vents et des flots.

Quelle fatalité avait donc amené cette baleine sur le passage du Pilgrim ? Quelle fatalité plus grande encore avait poussé le malheureux capitaine Hull, si sage d’ordinaire, à tout risquer pour compléter son chargement ? Et quelle catastrophe à compter parmi les plus rares des annales de la grande pêche, que celle-ci, qui n’avait pas permis de sauver un seul des matelots de la baleinière !

Oui ! c’était une terrible fatalité !

En effet, il n’y avait plus un marin à bord du Pilgrim !

Si ! Un seul ! Dick Sand, et ce n’était qu’un novice, un jeune homme de quinze ans !

Capitaine, maître, matelots, on peut dire que tout l’équipage se résumait maintenant en lui.

À bord se trouvait une passagère, une mère et son fils, dont la présence devait rendre la situation plus difficile encore.

Puis, il y avait aussi quelques noirs, braves gens, courageux et zélés, sans doute, prêts à obéir à qui serait en état de leur commander, mais dépourvus des plus simples notions du métier de marin !

Dick Sand restait immobile, les bras croisés, regardant la place où venait de s’engloutir le capitaine Hull, son protecteur, pour lequel il éprouvait une affection filiale.

Puis, ses yeux parcouraient l’horizon, cherchant à découvrir quelque bâtiment auquel il eût demandé aide et assistance, auquel il aurait pu, tout au moins, confier Mrs. Weldon.

Il n’eût pas abandonné pour cela le Pilgrim, non, certes ! sans avoir tout essayé pour le ramener au port. Mais Mrs. Weldon et son petit garçon eussent été en sûreté. Il n’aurait plus eu à craindre pour ces deux êtres, auxquels il s’était voué corps et âme.

L’Océan était désert. Depuis la disparition de la jubarte, pas un point n’en venait altérer la surface. Tout était ciel et eau autour du Pilgrim. Le jeune novice ne savait que trop bien qu’il se trouvait en dehors des routes suivies par les navires de commerce, et que les autres baleiniers naviguaient encore au loin sur les lieux de pêche.