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un capitaine de quinze ans.

Cependant, il s’agissait d’envisager la situation en face, de voir les choses telles qu’elles étaient. C’est ce que fit Dick Sand, demandant à Dieu, du plus profond de son cœur, aide et secours.

Quelle résolution allait-il prendre ?

En ce moment, Negoro parut sur le pont, qu’il avait quitté après la catastrophe. Ce qu’avait ressenti devant cet irréparable malheur un être aussi énigmatique, nul n’eût pu le dire. Il avait contemplé le désastre sans faire un geste, sans se départir de son mutisme. Son œil en avait avidement saisi tous les détails. Mais si, dans un moment pareil, on eût pu songer à l’observer, on se fût étonné tout au moins que pas un muscle n’eût bougé sur son visage impassible. En tout cas, et comme s’il ne l’eût pas entendu, il n’avait point répondu au pieux appel de Mrs. Weldon, priant pour l’équipage englouti.

Negoro s’avançait vers l’arrière, là même où Dick Sand se tenait immobile. Il s’arrêta à trois pas du novice.

« Vous avez à me parler ? demanda Dick Sand.

— J’ai à parler au capitaine Hull, répondit froidement Negoro, ou, à son défaut, au maître Howik.

— Vous savez bien que tous deux ont péri ! s’écria le novice.

— Qui commande donc à bord maintenant ? demanda très insolemment Negoro.

— Moi, répondit sans hésiter Dick Sand.

— Vous ! fit Negoro, qui haussa les épaules. Un capitaine de quinze ans !

— Un capitaine de quinze ans ! » répondit le novice, en marchant sur le maître-coq.

Celui-ci recula.

« Ne l’oubliez pas ! dit alors Mrs. Weldon. Il n’y a plus qu’un capitaine ici… le capitaine Sand, et il est bon que chacun sache qu’il saura se faire obéir ! »

Negoro s’inclina, murmurant d’un ton ironique quelques mots que l’on ne put entendre, et il retourna à son poste.

On le voit, la résolution de Dick était prise.

Cependant le brick-goélette, sous l’action de la brise qui commençait à fraîchir, avait déjà dépassé le vaste banc de crustacés. Dick Sand examina l’état de la voilure. Puis, ses yeux s’abaissèrent sur le pont. Il eut alors ce sentiment que si une effroyable responsabilité lui incombait dans l’avenir, il fallait qu’il fût de force à l’accepter. Il osa regarder ces survivants du Pilgrim, dont les yeux étaient fixés sur lui maintenant. Et, lisant