Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/187

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Le docteur avait emmené son ami Duk avec lui ; il le préférait, pour chasser le gibier, aux chiens groënlandais, et cela avec raison ; ces derniers sont peu utiles en semblable circonstance et ne paraissent pas avoir le feu sacré de la race des zones tempérées. Duk courait en flairant la route et tombait souvent en arrêt sur des traces d’ours encore fraîches. Cependant, en dépit de son habileté, les chasseurs n’avaient pas rencontré même un lièvre au bout de deux heures de marche.

« Est-ce que le gibier aurait senti le besoin d’émigrer vers le sud ? dit le docteur en faisant halte au pied d’un hummock.

— On le croirait, monsieur Clawbonny, répondit le charpentier.

— Je ne le pense pas, pour mon compte, répondit Johnson ; les lièvres, les renards et les ours sont faits à ces climats ; suivant moi, la dernière tempête doit avoir causé leur disparition ; mais, avec les vents du sud, ils ne tarderont pas à revenir. Ah ! si vous me parliez de rennes ou de bœufs musqués, ce serait autre chose.

— Et cependant, à l’île Melville, on trouve ces animaux-là par troupes nombreuses, reprit le docteur ; cette île est située plus au sud, il est vrai ; aussi, pendant ses hivernages, Parry a toujours eu de ce magnifique gibier à discrétion.

— Nous sommes moins bien partagés, répondit Bell ; si nous pouvions seulement nous approvisionner de viande d’ours, il ne faudrait pas nous plaindre.

— Voilà précisément la difficulté, répliqua le docteur ; c’est que les ours me paraissent fort rares et très sauvages ; ils ne sont pas encore assez civilisés pour venir au-devant d’un coup de fusil.

— Bell parle de la chair d’ours, reprit Johnson ; mais la graisse de cet animal est plus enviable en ce moment que sa chair et sa fourrure.

— Tu as raison, Johnson, répondit Bell ; tu penses toujours au combustible.

— Comment n’y pas penser ? même en le ménageant avec la plus sévère économie, il ne nous en reste pas pour trois semaines !

— Oui, reprit le docteur, là est le véritable danger, car nous ne sommes qu’au commencement de novembre, et février est le mois le plus froid de l’année dans la zone glaciale ; toutefois, à défaut de graisse d’ours, nous pouvons compter sur la graisse de phoques.

— Pas longtemps, monsieur Clawbonny, répondit Johnson ; ces animaux-là ne tarderont pas à nous abandonner ; raison de froid ou d’effroi, ils ne se montreront bientôt plus à la surface des glaçons.