Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/135

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Comme il apparaissait, superbe, à l’horizon !
Qu’il était doux ! Comme il jurait d’être fidèle !
— « Ne le verrai-je plus ? — « Demande à l’hirondelle
Quand elle reviendra nicher dans ta maison. »

 
Pauvre Madeleine,
Pauvre cœur en peine !


Elle à qui le soleil d’avril portait envie,
De la nuit à l’aurore elle est par les chemins.
Ses cheveux dénoués, tordant ses blanches mains,
Elle crie au passant : — « Qu’as-tu fait de ma vie ?
As-tu vu chevaucher le fier adolescent,
Qui charme d’un regard les oiseaux de la nue ?
Mon âme est avec lui. L’as-tu pas reconnue ? »
Et pas un n’a pour elle un mot compatissant.

 
Pauvre Madeleine,
Pauvre cœur en peine !


Le prêtre fait la moue et le chantre ricane :
— « Ainsi nos rendez-vous dans le bois ont cessé.
Montre donc, mon bijou, l’anneau du fiancé. »
Les vieilles, se signant, murmurent : « Courtisane ! »
Elle, pourtant, se dit : « Qui sait, beau romarin,
Quand ton souffle à nouveau glissera sur ma joue ? »
Et les enfants du bourg lui jettent de la boue
Et son cœur est gonflé de honte et de chagrin.

 
Pauvre Madeleine,
Pauvre cœur en peine !