Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/136

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Elle dit : — « Mon trésor, ton haleine est plus douce
Que le parfum lointain qui vient des orangers.
Tes yeux sont le feu clair qu’allument les bergers,
Ta bouche est une rose éclose dans la mousse. »
Elle dit : — « Mon Seigneur, laisse-moi t’implorer.
Tu m’aimais tant jadis ! Écoute mes prières. »
On la montre du doigt, on lui jette des pierres ;
Elle n’a même pas la force de pleurer…

 
Pauvre Madeleine,
Pauvre cœur en peine !


Et voici qu’un petit enfant demande à naître…
Triste fruit du péché, maudit dès le berceau,
Maladie et douleur l’ont marqué de leur sceau.
Personne ne voudra seulement le connaître.
On ne lui dira pas : « Viens te faire embrasser. »
Il apporte avec lui le remords, non la joie ;
En un rêve innocent, tissé d’or et de soie,
Il ne verra jamais les anges le bercer.

 
Pauvre Madeleine,
Pauvre cœur en peine !


Elle va chez les gens : — « Donnez-moi de l’ouvrage.
Que me faut-il pour vivre ? Un morceau de pain bis.
Je sais traire la vache et garder les brebis ;
Essayez, s’il le faut, ma force au labourage. »
Mais eux : — « Te crois-tu donc au milieu des païens !
Va-t’en, fille de peu, va trouver tes pareilles.