Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/144

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Et mille anneaux couraient sur sa chair parfumée,
Pareils à des serpents qui se cherchent entre eux ;
Sa bouche frissonnait comme un rosier peureux.
Tout en elle disait : Je suis la Bien-Aimée.

Les femmes à sa vue ont frémi : — « Hors d’ici,
Toi qui prends nos époux au piège de tes charmes.
Sorcière de malheur, as-tu compté nos larmes ?
Oses-tu regarder le maître que voici ? »

Mais Jésus d’un regard aussitôt les fait taire.
Il dit l’enchantement du royaume des cieux ;
Sa voix est pénétrante et pure, et dans ses yeux
S’alanguit doucement une fleur de mystère.

Ah ! comme il savait bien d’un mot compatissant
Ramener l’infidèle et la brebis perdue !
Quelles lampes d’amour éclairaient l’étendue !
Comme le Paradis était resplendissant !

On entendait au loin les cloches du dimanche ;
L’éternité passait en un divin tableau ;
Les agneaux du Berger paissaient au bord de l’eau
Et l’âme en plein azur s’envolait toute blanche.

Madeleine soudain s’agenouille en pleurant.
Tout à l’heure son front restait fier sous l’outrage ;
Mais cette voix céleste emporte son courage
Et c’est comme un œillet tombé dans le torrent.