Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/143

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« Et tu répandras
Ces parfums qu’on aime ;
Je veux, ce soir même,
Mourir en ses bras ! »


IV


C’était l’heure confuse où la lumière expire.
Sur les monts d’alentour, ineffablement bleus,
Le jour, en s’en allant, jetait ses derniers feux ;
C’était l’heure divine où le ramier soupire.

Dans la paix du couchant, parmi les fleurs des prés,
Jésus parlait. Sa voix arrivait jusqu’aux âmes ;
Au milieu du soleil qui les baignait de flammes
On voyait ruisseler ses longs cheveux dorés.

Tout un peuple était là. Retenant leur haleine,
Laboureurs, mendiants, bourgeois oubliaient tout.
Comme la nuit tombait, voici que tout à coup,
En ses riches atours, parut la Madeleine.

Son visage fardé luisait insolemment.
Elle portait au front la tiare étrangère ;
Ses jeunes seins pointaient, sous la robe légère.
Comme un fruit d’or promis aux lèvres de l’amant.