Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/146

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« Vous tenez en vos mains tous les rois de la terre.
Prince du grand amour, père au cœur indulgent,
Vous êtes, ô mon Dieu, la fontaine d’argent
Où le déshérité boit et se désaltère.

« Mais vous que l’univers adore prosterné,
En qui le Paradis se regarde et se loue,
Irez-vous ramasser cette fleur dans la boue ?
Voudrez-vous bien encor de ce cœur profané ? » —

Et Jésus dit : — « Pauvre âme, il faut bien qu’on espère ;
Combien, dans cette nuit, ont perdu leur chemin !
Mais qu’ils viennent à moi. Je leur tendrai la main
Et je leur ouvrirai la maison de mon père.

« Le royaume des cieux est comme un grain de blé
Qui porte en lui l’espoir de la moisson future.
J’apporte le salut à toute créature ;
Heureux celui qui pleure, il sera consolé. »

Comme une pâle rose au bord de l’eau courante,
Madeleine frissonne aux genoux du Sauveur ;
Son sein brûle déjà d’une unique ferveur,
Tout son passé n’est plus qu’une ombre indifférente.

L’éternité commence et le ciel va s’ouvrir.
Elle voit, dans les fleurs, la source de délices,
Et, comme ceux qui vont au-devant des supplices,
Pour racheter son âme elle est prête à mourir.