Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/180

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Tu ressembles parfois à la biche craintive
Qui, l’oreille aux aguets, sent venir le chasseur ;
Ta bouche, au clair de lune, a l’étrange douceur
De la belle-de-nuit et de la sensitive.

Parfois, lasse d’avoir suivi les papillons,
Tu mires ton visage à la source des fées,
Et l’odeur des lilas t’arrive par bouffées
Dans la brise qui vague et le chant des grillons.

Et puis, comme Diane errant par la clairière,
Le carquois sur l’épaule, avec ses lévriers,
Sur un fond d’azur pâle et de genévriers
Tu resplendis, superbe et chaste, ô ma guerrière.

Telle je t’aperçus pour la première fois
Dans le brouillard léger de l’aube qui se lève,
À cette heure où la vie est comme un divin rêve
Que traverse un soupir de flûte ou de hautbois.

Près du ruisseau d’argent, dans la forêt mystique
Où tremble, vers le soir, un chant de volupté ;
Près des cascades d’or, dans le cirque enchanté,
Ton appel virginal était comme un cantique.

Enfant émerveillé, j’allais par le chemin ;
Je regardais danser le soleil sur la mousse.
Adorable et terrible, éblouissante et douce,
Tu m’apparus, Jeunesse, une rose à la main !