Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/185

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Moi, semblable à l’enfant qu’on éveille en plein songe
Et qui ne peut se faire à la réalité,
Je regarde, anxieux, ma route qui s’allonge.

Qui sait à quel désert, quelle morne cité
Aboutira soudain cette route inconnue ?
Devant ce blanc serpent je suis épouvanté.

Quel silence de mort dans la campagne nue !
Où sont les mille voix qui, sous les chênes verts,
Aux matins triomphants disaient ma bienvenue ?

Dois-je croire à présent que le vieil univers,
Comme un tableau fané, passe et se décolore ?
N’est-ce pas moi, jadis, qui vis les cieux ouverts ?

Il faut tourner le dos au pays de l’aurore ?
Quels marais abhorrés trouverai-je en marchant ?
Quelles roses de deuil à mon soir vont éclore ?

N’importe ! Je m’en vais, je m’en vais sans un chant
Qui puisse réjouir mon âme désolée,
Je m’en vais sans espoir au-devant du couchant.

Mais avant d’arriver à la sombre vallée,
Je veux sentir encor l’odeur de tes lilas,
Jeunesse inoubliable, enfant immaculée !