Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/186

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Je ne blasphème pas, je ne t’accuse pas.
Je sais trop aujourd’hui, Déesse que je pleure,
Quel éternel printemps doit naître sous tes pas.

Nous disparaissons tous et ta beauté demeure.
Immortelle, combien tu dois nous mépriser,
Nous dont l’enivrement ne dure pas une heure ?

Parfois nos cœurs chétifs ont l’air de s’embraser ;
Ce n’est qu’un feu de paille et la brise qui passe
Emporte nos ardeurs avec notre baiser.

Mais, toujours accablés du poids de ta disgrâce,
Comme des courtisans loin de leur souverain,
Nous languissons, privés du charme de ta grâce.

Et toujours nous revient le son du tambourin
Qui servait de signal à ceux de tes fidèles
Que fleurit la verveine avec le romarin.

Oiseau bleu, bel oiseau qui fuis à tire d’ailes,
Que ne peux-tu venir, ne fût-ce qu’un instant,
Consoler notre toit comme les hirondelles ?

Rien ne t’arrête, hélas ! Idéal inconstant ;
À peine voyons-nous ton ombre, ô Poésie,
Que vers d’autres soleils tu t’en vas en chantant.