Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/41

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« Ce jardin, où le ciel se regarde en chantant,
N’a pas le charme pur de ton adolescence.
Puisqu’il a su te plaire, accepte-le pourtant. »

Viviane rougit et, dans son innocence,
Elle frappe des mains et saute de plaisir.
Ses yeux sont pleins d’amour et de reconnaissance.

Passe un grand papillon. Il faut bien le saisir.
Preste comme le vent, elle vole où l’entraîne
L’aile capricieuse et tendre du désir.

Elle charme les lys de sa voix de sirène
Et parle couramment la langue des oiseaux ;
Le parterre magique a reconnu sa reine.

Mais qu’une demoiselle, au milieu des roseaux,
La frêle brusquement, elle revient, peureuse,
Près de Merlin, qui rêve au bord des claires eaux.

— « Ah ! que la vie est douce et que je suis heureuse !
Comment faites-vous donc pour avoir tant d’esprit,
Mon beau page ? On dirait que je suis amoureuse.

« Pour que ce fût l’aurore et que mon cœur s’ouvrît,
Voyez : il a pourtant suffi d’une parole. »
Et ses lèvres s’en vont à Merlin, qui sourit.