Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/47

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Des violons cachés soupirent une aubade,
Et Viviane enfin sourit au point du jour.
L’Aurore a triomphé de son esprit malade.

Elle est folle, elle chante et jase tour à tour.
Mais quand revient la nuit, à l’heure décevante
Où l’homme le plus fort succombe sous l’amour :

— « Ah ! dit-elle, à vos pieds voyez votre servante,
Ne m’apprendrez-vous pas quelque beau talisman ?
Hélas ! j’ai tant besoin de devenir savante ! »

— « Savante ! Mon amour, y penses-tu vraiment ?
À peine tu parais, que la terre est charmée.
Ta jeunesse est encor le meilleur nécromant. »

— « Non, je le vois, jamais vous ne m’avez aimée,
Vous me croyez bien sotte. » — Et l’enfant en courroux
Tremble comme un roseau dans la nuit parfumée.

— « Vive Dieu, fait Merlin, m’amour, consolez-vous.
On me dit tout-puissant, mais c’est chose bien vaine
Que mon pauvre savoir auprès de vos yeux doux. »

Il lui montre comment on fait pousser l’aveine
Ou sourdre en plein désert une source d’argent,
Et tous les grands secrets qu’on lit dans la verveine.