Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/90

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Les yeux de violette où resplendit l’aurore,
Les bouches de vingt ans que le baiser colore.
Et tout à coup la douce voix s’alanguissait.
Beau comme le soleil d’Avril, apparaissait
Celui dont le sourire ensorcelle le monde,
Le jeune homme qui tient la Rose. Oh ! quelle ronde !
Comme elle déroulait ses anneaux gracieux !
Quelle musique folle éclatait sous les cieux.
Comme on s’aimait ! Les fleurs étaient surnaturelles.
Et dans l’azur profond volaient des tourterelles.
Hélas ! Le vent du Nord a soufflé méchamment.
Un jour a dissipé l’antique enchantement ;
Demoiselles des bois, sylphes, lutins et gnomes
Sont partis de concert au pays des fantômes
Et le cercle magique est près de s’effacer.
Les vieilles sœurs pourtant voudraient encor danser.
Soulevant tour à tour leurs tuniques fanées
Où s’effeuille un bouquet de roses surannées,
Elles vont murmurant une espère de chant,
Et c’est tout à la fois ridicule et touchant.
Elles ont oublié les syllabes de joie
Qui font en plein hiver que le printemps verdoie.
Et cependant, voyez : À la pâle clarté
De la nuit, leur visage a repris sa beauté.
Voyez : ce ne sont plus déjà les béquillardes
Sur qui s’apitoyaient les louves et les hardes.
Elles ont redressé leur dos endolori
Et leur bouche maussade a presque refleuri.
L’esprit consolateur a détaché leurs chaînes.
L’âme de la forêt, l’âme antique des chênes