Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/92

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« Et maintenant le monde a peur de la lumière.
L’azur délicieux ne saurait l’enchanter.
Il n’ose plus sourire et n’ose plus chanter ;
La seule fleur qu’il aime est la rose trémière.

« L’homme a tout désappris des rites vénérés.
Son corps lui fait horreur, son âme l’épouvante.
Adieu, la source vive et claire. Il vente, il vente,
Il vente sans relâche aux bois désespérés ! —

Tandis que la nuit douce apaise ses murmures
Et que le vent s’endort au milieu des ramures,
Ainsi parle la fée indomptable, et sa voix
S’éparpille en échos douloureux dans le bois.
Avec sa face morne et sa haute stature,
Elle semble évoquer l’immortelle nature ;
La rigide forêt la regarde en pleurant.
Une brise a soufflé sur le monde expirant.
Et voici qu’en rêvant, la clairière soupire
Et que les fleurs au loin s’efforcent de sourire.
La plus jeune des sœurs s’est levée à son tour.
Au fond de ses yeux passe une image d’amour,
Une image tremblante et qui se décolore.
En vain tout la délaisse. Elle revoit encore
Le jeune homme idéal qui l’avait su toucher,
Et son cœur attendri ne s’en peut détacher :


— « Ô face rieuse,
Divin oiseleur
Aux beaux yeux couleur