Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/95

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Murmure à petits coups comme un ruisseau des champs.
Il semble qu’on entende au loin de vagues chants.
Au plus épais du bois, dans les hautes fougères,
Passent, en soupirant, mille formes légères.
C’est partout comme un tendre et lent susurrement ;
Mais la troisième sœur se lève brusquement ;
Tout son geste menace et sa voix irritée
Retentit sourdement dans cette nuit hantée :

— « Hélas ! Il est mort, ils l’ont égorgé !
L’enfant radieux, l’enfant de notre âme,
Et son doux esprit ressemble à la flamme
Qui plane au-dessus d’un bourg saccagé !

« Plus de lâches cris, de vaines prières.
Que sert d’appeler de nos bras tremblants ?
Il ne viendra plus, avec ses chiens blancs,
Boire à l’eau qui dort au fond des clairières.

« Le front couronné de volubilis,
Il ne viendra plus, comme un faon sauvage,
À l’eau des torrents baigner son visage,
Beau comme une rose au milieu des lys.

« L’homme vil a peur de la poésie,
Le hibou s’effare au lever du jour ;
Ils l’ont égorgé, l’enfant de l’amour,
Son rire insultait leur hypocrisie.