Page:Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein - Mémoires de Madame la marquise de La Rochejaquelein, 1889.djvu/134

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


poste de la Forêt, qui nous coupait la communication avec, les Brigands, était évacué. Ma chambre fut remplie d’armes et de cocardes blanches. On juge de notre position, la maison ; pleine de patriotes ! Tout se faisait secrètement ; nous attendions la nuit avec impatience, craignant même que les gendarmes de Parthenay ne vinssent nous chercher. M. de Lescure avait fait placer plusieurs jeunes gens sur des hauteurs pour avertir. Deux ou trois habitants de Bressuire étaient venus armés à Clisson ; je leur fis ôter leurs fusils sous différents prétextes. Personne ne savait toutes ces dispositions, que M. de Marigny, le Chevalier des Essarts et moi. Nous étions bien jeunes alors et M. de Marigny, plus âgé, avait la vivacité d’un enfant, par caractère : aussi ne voulions-nous consulter personne, non que notre famille n’eût pas les mêmes sentiments que nous, mais nous redoutions les réflexions et les conseils raisonnables.

Sur les quatre heures, M. de Lescure voulut se rendre à Châtillon, il dit à maman les mesures prises pour notre départ ; elle lui demanda ce que nous deviendrions, si les Bleus rentraient le jour suivant à Bressuire, comme ils l’avaient déjà, fait une fois. Il répondit : « Demain, au point du jour, je serai maître de la ville, quand même l’armée des royalistes aurait tourné d’un autre côté ; j’ai envoyé l’ordre de se révolter à plus de quarante paroisses. » Maman tomba presque sans connaissance, en s’écriant : Nous sommes perdus ! Dans le fait, l’ardeur de M. de Lescure à faire la guerre l’avait rendu bien imprudent, et sûrement, à calculer de sang-froid cette démarche décisive, il y avait de quoi frémir, d’autant qu’à toute minute, on pouvait envoyer de Parthenay nous arrêter. Il était bien sûr. que le pays se soulèverait à ses ordres, mais quelles en seraient les suites ? Il comptait sur la terreur panique des patriotes, et, après avoir tant tardé à se jeter dans la révolte à cause de nous, il ne pouvait plus résister à son désir, conservant l’espoir de nous mettre en sûreté ; enfin, il était hors de lui.