Page:Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein - Mémoires de Madame la marquise de La Rochejaquelein, 1889.djvu/137

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possédait à présent douze gargousses par canon, et jamais l’armée n’avait été si riche. Cette position aurait fait frémir, mais nous étions incapables de sentir autre chose que le bonheur d’être révoltés. Maman était la première à dire : « Quand un gentilhomme se trouve près d’un parti royaliste, il n’y a pas à délibérer. » Nous n’étions occupés et nous ne parlions avec Henri que du courage et de l’ardeur des paysans. Pour moi surtout, naturellement portée à l’espérance, fort vive et fort enfant, je me livrais à la joie sans la moindre réflexion.

Henri nous présenta M. Forestier, jeune homme de dix-sept ans, bourgeois du côté de Chaudron[1], en Anjou, [de la Pommeraye-sur-Loire ; j’ai entendu dire que son vrai nom était François Thibault ; son père était cordonnier.] Il sortait du collège, il avait la plus jolie figure possible ; c’était, nous dit Henri, un de ceux qui avaient commencé la guerre ; il était d’une bravoure peu commune et un des principaux officiers de cavalerie de l’armée, dont il était adoré. Il fut décidé qu’ils repartiraient tous deux pour Bressuire avec M. de Lescure, celui-ci voulait faire connaissance avec les officiers et généraux et se réunir à eux ; le lendemain ils joindraient l’armée, et nous partirions pour le château de la Boulaye, à M. d’Auzon, situé à Mallièvre, dans l’intérieur du pays, entre Châtillon et Mortagne ; les autres resteraient à Clisson.

  1. Forestier était fils d’un cordonnier de Chaudron ; il fut élevé par les bontés de M. de Dommaigné, qu’il suivit dès les premiers temps de l’insurrection. (Note du manuscrit.)

    Henri Forestier, né à la Pommeraye-sur-Loire le 3 février 1775, se destinait à l’état ecclésiastique. Il prit part à tous les combats de la Vendée comme un des chefs de la cavalerie. Après la guerre, il se tint longtemps caché, puis s’exila. Rentré à Bordeaux, il fut condamné à mort par la commission militaire de Nantes, en 1805. Le Dictionnaire historique de Maine-et-Loire dit qu’il put regagner l’Espagne et l’Angleterre, et qu’il mourut à Londres le 14 septembre 1806.