Page:Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein - Mémoires de Madame la marquise de La Rochejaquelein, 1889.djvu/15

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Je la fis relire très secrètement à plusieurs Vendéens, ils y ajoutèrent des notes, j’en écrivis aussi plusieurs »

Vers ce moment-là, M, de la Rochejaquelein fit connaissance avec M. de Barante, qui venait d’être nommé sous-préfet de Bressuire. Il succédait à un nommé Du Colombier, devenu préfet ; celui-ci, pour se faire valoir, avait cherché tous les moyens de susciter des troubles et en avait inventé. Il avait fait mettre en prison plus de quatre cents personnes des environs de Bressuire et fait exiler une foule d’autres, au nombre desquelles notre respectable tante, mademoiselle de la Rochejaquelein.

M. de Barante était auditeur au Conseil d’État ; sa nomination à Bressuire était une espèce de disgrâce. Il fit ouvrir les prisons, revenir les exilés, força le préfet Dupin à consentir à ces actes de justice, tant il prit d’influence sur lui par sa supériorité et par son caractère. J’ai raconté, dans le supplément à mes Mémoires, quelle fut son administration, quels bons souvenirs il a laissés dans la Vendée, et comment il nous inspira une amitié et une confiance qui depuis n’ont jamais été altérées par les temps ni par les circonstances.

À cette époque, malgré un despotisme absolu, il y avait assez de grandeur dans les idées générales, pour que les rapports des hommes estimables entre eux ne pussent pas les compromettre. On pouvait rester chacun dans ses opinions et ses devoirs et s’entendre parfaitement sur les sentiments qui unissent les âmes élevées, quoique jetées par le torrent des révolutions sur des rives opposées.

M. de Barante s’était sincèrement intéressé au récit de nos malheurs, au dévouement et au courage des parents et amis que nous pleurions ; il aimait le caractère doux, indépendant et ferme des habitants de notre Bocage. Il témoignait tant de désir de connaître la vérité sur les terribles événements qui avaient fait de ces paysans un peuple de héros et couvert la contrée de ruines, que mon mari lui promit de lui montrer mes Mémoires. Il désirait faire corriger les imperfections de ma rédaction ; M. de Barante me supplia avec tant de bonne grâce de le choisir, que je lui confiai la copie Beauvais ; j’insistai pour que personne ne la vît.

Cependant, M. de la Rochejaquelein attachait plus de prix