Page:Victor Brochard - Les Sceptiques grecs.djvu/167

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et Antipater ^^K Le bien , selon les stoïciens , consiste essentiellement à faire un choix raisonnable parmi les avantages naturels. Mais , objecte Carnéade , un choix raisonnable suppose une fin ; quelle est cette fin ? Il n’y en a pas d’autre, répondent-ils, que de bien raisonner dans le choix des actes conformes à la nature. Mais d’abord l’idée du bien apparaît et disparaît en même temps. Pour bien raisonner, il faut connaître la fin. Mais, conune la fin est de bien raisonner, il n’y a ni droite raison sans la fin, ni fin sans la droite raison : les deux notions nous échappent à la fois. En outre, chose encore plus grave, pour faire un choix raisonnable, il faut tenir compte de ce qui est bon , ou utile , ou propre à atteindre la fin ; car comment appeler raisonnable un choix qui s’arrêterait à des objets sans utilité, sans valeur, sans qualité qui les fasse préférer? Diront-ils que le choix raisonnable doit porter sur des objets capables de contribuer au bonheur ? Mais , comme le bonheur est pour eux la droite raison, il faudra dire que la fin suprême est de bien raisonner dans le choix des objets capables de nous aider à bien raisonner. Admirable définition !

Antipater fut bien embarrassé. Il eut recours à des expédients et à des distinctions subtiles ^^K Finalement il dut , au moins sur un point, s’avouer vaincu; il convint^^^ que la bonne réputation, au lieu d’être, comme l’avait soutenu Chrysippe, chose indifférente, mérite d’être désirée et recherchée pour elle-même. Dès lors la vertu n’est plus le seul bien.

La question des consolations était encore une de celles que

^’) Noiis empmntoiu cette argumentation à Plutarque ( De cornm. notU, , XXYII , 8). Elle n^est pas expressëment attribuée â Ctrnéade, mais ie mot qui termine le pa»- aa^pe de Plutarque : ÈxéÎ9op yàp {knhtarpop) ^è KappMov «icjdfievo» êis mitaf xoKtaiiôt^eu ràs eùpntnXcyias , semble bien indiquer que le fond au moins des arguments est emprunté à Carnéade. On peut même conjecturer que Plutarque s*est inspiré de ce philosophe en plus d^un passage de Targumentation qui pré- cède (XXYII, 1 sC $eq.). A cette polémique contre Antipater se rattache probablement l'opinion que Cicéron attribue souvent à Carnéade (7ute., Y, ux, 86) :

  • Nihil bonum, nisi nature primis.. . fnii. n

(*> Stob.,£c/.,lI, i36.

^*ï Cic, Fin,, III, xTii, 57.

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