Page:Victor Brochard - Les Sceptiques grecs.djvu/439

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métaphysique on entend, ainsi qu’il arrive quelquefois, l’analyse de l'entendement, la critique de la raison , la vérité peut être atteinte aussi sûrement que dans les sciences de la nature, car les opérations de l'esprit sont des faits au même titre que les autres phénomènes naturels, et une théorie de l'entendement, tenue d’être d’accord avec eux, se trouve par là même soumise à un facile et perpétuel contrôle. Si la métaphysique est l’explication de l’univers, comme il est impossible d’embrasser d’un coup d’oeil la totalité des faits, le contrôle direct est impossible. C’est pourquoi les systèmes de métaphysique offriront toujours de beaux risques à courir : ils seront toujours des pensées dont il faudra s’enchanter soi-même. Cependant une théorie de l’univers, sans être complète, peut rendre compte d’un plus ou moins grand nombre de faits : comme il y a des degrés dans la probabilité, il y en a dans la valeur des systèmes. L’esprit humain peut donc continuer son œuvre, appliquant au delà de l’expérience les mêmes procédés qui lui ont réussi dans la science : c’est pourquoi la métaphysique et la religion sont éternelles. Il faut seulement qu’elles ne se fassent pas illusion sur elles-mêmes, qu’elles se proposent sans s’imposer : leur seule arme est la persuasion. Les plus fermes défenseurs[1] de la foi religieuse ou métaphysique reconnaissent que l’esprit y met beaucoup de lui-même, et qu’il atteint la vérité par la foi et par le cœur, autant que par l’intelligence.

Quant à la morale, elle présente, au point de vue de la certitude, un caractère tout particulier. Lorsqu’il s’agit de l’idée du devoir, suivant une profonde remarque de Kant, la question n’est plus de savoir si elle a un objet au sens ordinaire du mot : on ne demande pas si le devoir est toujours accompli sur la terre. L’idée du devoir est un idéal , une règle que l’esprit trouve en lui-même et qu’il s’agit de faire passer dans ses actes. Le fait, ici, ne précède plus l'idée; il doit se modeler sur elle. Si l’idée du devoir s’offre nécessairement à la raison, elle ne contraint

  1. Voir, sur cette question, le beau livre de M. Ollé-Laprune : La Certitude morale, Paris, Belin, 1880.