Page:Vigny - Journal d’un poète, éd. Ratisbonne, 1867.djvu/143

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

loin des secours et des médecins, je la cache à Lydia Madame AIfred de Vigny.. Ma pauvre enfant, vous dormez tandis que je souffre pour votre avenir des inquiétudes mortelles. — La destinée a juré de m’empêcher de travailler. À peine je repose ma tête, qu’elle me secoue par le bras et me force de souffrir et partir. Ma lutte contre la vie est perpétuelle et fatigant ?. La vie me lasse et ne me donne de plaisir nulle part ; je n’en avais depuis deux mois qu’à voir la gaieté de Lydia revenue avec la paix de la campagne. Il faut qu’un chagrin pour elle vienne m’y frapper. Je retarde le coup qu’il faudra bien lui donner. — J’ai ressenti un tremblement nerveux et un frisson de fièvre toute la nuit. Votre calme, votre sommeil, ma chère Lydia, ma seule amie, me déchire le cœur.

——

Les lettres ont cela de fatal, que la position n’y est jamais conquise définitivement. Le nom est, à chaque œuvre, remis en loterie et tiré au sort pêle-mêle avec les plus indignes. Chaque œuvre nouvelle est presque comme un début. Aussi n’est-ce pas une carrière que celle des lettres.