Page:Vigny - Stello ou Les diables bleus, 1832.djvu/391

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée

En même temps il donna un coup de pied à sa pièce, la fit rouler en travers, et se coucha dessus.

Henriot tira son sabre, qu’on lui avait ramassé.

« Feras-tu feu ? » dit-il.

Blaireau fumait, et tenant à la main sa mèche éteinte, répondit :

« Ma chandelle est morte ! va te coucher ! »

Henriot, suffoqué de rage, lui donna un coup de sabre à fendre un mur ; mais c’était un revers d’ivrogne, si mal appliqué, qu’il ne fit qu’effleurer la manche de l’habit et à peine la peau, à ce que je jugeai.

C’en fut assez pour décider l’affaire contre Henriot. Les canonniers furieux firent pleuvoir sur son cheval une grêle de coups de poing, de pied, d’écouvillon ; et le malencontreux général, couvert de boue, ballotté par son coursier comme un sac de blé sur un âne, fut emporté vers le Louvre, pour arriver, comme vous savez, à l’Hôtel de Ville, où Coffinhal le Jacobin le jeta par la fenêtre sur un tas de fumier, son lit naturel.

En ce moment même arrivent les commissaires