Page:Ville - Au Klondyke, 1898.djvu/16

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
18
au klondyke

reste, je sais pouvoir compter sur un de mes bons amis.

Le visage de M. de Navailles s’irradia.

— S’il en est ainsi, s’écria-t-il, à nous les trésors du Klondyke et les jouissances de toutes sortes !… Les dangers ne sont rien, la réussite est tout. Courons au pays de l’or, emplissons nos sacoches, afin que, au retour, nous éblouissions Paris de notre luxe et de nos fêtes splendides !… Eh bien, quoi ?… Cette perspective ne change pas en lave le sang de tes veines ?

— Tes paroles m’attristent plus qu’elles ne me réjouissent, car en te proposant cette expédition, je n’avais d’autre but que de te procurer l’occasion de reprendre ta place dans la société, mais en gentilhomme soucieux de son honneur, et je vois avec tristesse que tu ne songes qu’à recommencer, dès que tu le pourras, la vie de dissipation et de débauche qui vient de te conduire à la ruine, presque au suicide.

— Mon cher, fit le comte d’un air gouailleur, tu aurais dû entrer dans les ordres au lieu de te faire marin… Vrai ! je ne te savais pas si moraliste !… Tu fais miroiter à mon imagination des trésors incalculables, et tu ne veux pas que je suppute par avance la somme de plaisirs que j’en pourrai tirer ! Tu oublies donc que l’or n’a été créé et mis au monde que pour sabler la route que l’homme doit suivre pour traverser ce que les esprits moroses nomment cette vallée de larmes ?

— Je n’oublie rien, seulement, je raisonne plus que toi, voilà tout. Il est bien évident que rien de ce que le Créateur a mis sur la terre n’est inutile, et s’il a jugé à propos d’y mettre de l’or, c’est pour que ses créatures l’emploient,