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le dernier des navailles

mais noblement. Le rôle des privilégiés, à mon avis, est de venir en aide à ceux qui, moins heureux qu’eux, n’ont pas connu, à leur naissance, les dentelles et les berceaux dorés… Crois-moi, si tu veux que Dieu favorise notre entreprise, songe un peu plus aux misères que tu pourras un jour soulager, et un peu moins à la folle existence que tu rêves de reprendre parmi les égoïstes qui, aujourd’hui, ne te tendraient même point la main pour t’empêcher de rouler dans l’abîme au bord duquel tu te trouves. Si, comme c’est à peu près certain, tu refais ta fortune, rappelle-toi le passé et tâche d’y puiser une salutaire leçon.

— Tu m’inquiètes fort, sais-tu, fit le comte moitié riant, moitié sérieux, car je crains d’entendre plus d’une fois cette mercuriale au cours de notre voyage.

— Ne crains rien : ce que je viens de te dire m’était dicté par mon amitié pour toi, mais à partir de ce moment, je ne reviendrai plus sur ce sujet.

— Je retiens cette promesse, et, au besoin, je te la rappellerai… Maintenant, revenons à notre affaire : quand partirons-nous ?

— Pas avant un mois… Une expédition comme la nôtre doit être préparée avec soin… À propos : emmènes-tu ton domestique ?

— Ma foi ! non. S’il s’agissait d’un domestique ordinaire, je l’emmènerais peut-être, mais Valentin est mon frère de lait et m’est trop dévoué pour que je l’associe aux nombreux dangers que nous devrons affronter. Le jour commence à poindre, je vais lui donner l’ordre de faire porter nos malles dans un hôtel et, ensuite, je lui rendrai sa liberté.