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le dernier des navailles

— Mais… non, non, balbutia le comte. Seulement, je m’attendais si peu à ta visite…

L’inconnu fit quelques pas en avant et tendit la main au comte, en lui disant tranquillement :

— Repose ce pistolet sur la table, et causons.

Le jeune homme obéit machinalement, puis il alla reprendre sa place dans son fauteuil.

L’étonnement qui l’avait jusque-là paralysé cessa tout à coup, et il regarda le nouveau venu, bien en face, en lui posant cette question :

— Comment se fait-il que tu me fasses une visite à une heure aussi avancée ?

— Oh ! c’est bien simple : j’ai reçu, il y a une demi-heure à peine, celle de ton domestique.

— Valentin ?…

— Lui-même.

— Voilà qui est étrange !… Et que t’a-t-il dit pour motiver celle inconvenance ?

— Que son maître allait commettre une lâcheté !

— Charles !… s’écria le comte en se dressant, les lèvres blêmes et les sourcils froncés.

— Eh bien ! quoi ?… N’allais-tu pas te brûler la cervelle au moment où je suis entré ?

— Quand cela serait… qui donc aurait le droit de s’y opposer ?

— L’honneur !

— Vraiment ! ricana le comte. L’honneur exige-t-il aussi que le descendant des Navailles traîne son existence dans une médiocrité voisine de la misère ?… Tiens, Charles, laisse-moi te faire connaître ma situation actuelle…