Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/108

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un bouquet que j’ai cueilli dans le jardin de papa. Il ne coûte pas d’argent, mais c’est de cœur.

— Merci, Paul. — Mais comme il est essoufflé ! Comme il a couru !

— Ah ! c’est que papa a fait une affaire, aujourd’hui, une affaire très belle ! Il a acheté un petit bois à moitié prix. Des gens étaient obligés de vendre vite ; une bonne occasion. Alors, comme il était content de la journée, je suis resté avec lui pour qu’il me donnât un peu d’argent ; et puis je me suis pressé pour arriver à l’heure.

— Nous serons mariés dans trois ans, si vous passez bien vos examens, Paul !

— Oui, je serai un avocat. Quand on est un avocat, on attend quelques mois pour être connu. Et puis, on gagne, aussi, un peu d’argent.

— Souvent beaucoup d’argent !

— Oui. Est-ce que vous êtes heureuse au pensionnat, ma cousine ?

— Oh ! oui, Paul. Surtout depuis que madame Pannier a pris de l’extension. D’abord, on n’était pas si bien ; mais, maintenant, il y a ici des jeunes filles des châteaux. Je suis l’amie de toutes ces demoiselles. Oh ! elles ont de bien jolies choses. Et alors, depuis leur arrivée, nous sommes bien mieux, bien mieux, parce que madame Pannier peut dépenser un peu plus d’argent.

— C’est égal, ces vieux murs… Ce n’est pas très gai d’être ici.

— Si ! on s’habitue à ne pas les regarder. Mais,