Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/131

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l’annoncer, pour me faire sa cour à sa manière, hier au soir. Je l’avais oublié. Il paraît même qu’on a fait venir un étranger (!) pour aider M. de Paris, vu la solennité du procès et la distinction du coupable.

Sans remarquer l’absurdité de ces derniers mots, je me tournai vers M. Saturne. Il se tenait debout devant la porte, enveloppé d’un grand manteau noir, le chapeau à la main, l’air officiel.

Le punch me troublait un peu la cervelle ! Pour tout dire, j’avais des idées belliqueuses. Craignant d’avoir commis en l’invitant ce qui s’appelle, je crois, une « gaffe » en style de Paris, la figure de cet intrus (quel qu’il fût) me devenait insupportable et je contenais, à grand’peine, mon désir de le lui faire savoir.

— Monsieur le baron, lui dis-je en souriant, d’après vos sous-entendus singuliers, nous serions presque en droit de vous demander si ce n’est pas, un peu, comme la Loi « que vous êtes sourd et aveugle aussi souvent que Dieu vous le permet » ?

Il s’approcha de moi, se pencha d’un air plaisant et me répondit à voix basse : « Mais taisez-vous donc, il y a des dames ! »

Il salua circulairement et sortit, me laissant muet, un peu frémissant et ne pouvant en croire mes oreilles.

Lecteur, un mot, ici. — Lorsque Stendhal voulait écrire une histoire d’amour un peu sentimentale, il avait coutume, on le sait, de relire, d’abord, une demi-douzaine de pages du Code pénal, pour, — disait-il, — se donner le ton. Pour moi, m’étant mis en