Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/147

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de moi, l’entrée d’un café, — aujourd’hui consumé dans un incendie célèbre (car la vie est un songe), — et qui était relégué au fond d’une sorte de hangar, sous une voûte carrée, d’aspect morne. Les gouttes de pluie qui tombaient sur le vitrage supérieur obscurcissaient encore la pâle lueur du soleil.

— C’était là que m’attendaient, pensai-je, la coupe en main, l’œil brillant et narguant le Destin, mes hommes d’affaires !

Je tournai donc le bouton de la porte et me trouvai, de plain-pied, dans une salle où le jour tombait d’en haut, par le vitrage, livide.

À des colonnes étaient appendus des vêtements, des cache-nez, des chapeaux.

Des tables de marbre étaient disposées de toutes parts.

Plusieurs individus, les jambes allongées, la tête levée, les yeux fixes, l’air positif, paraissaient méditer.

Et les visages étaient couleur du temps, les regards sans pensée.

Il y avait des portefeuilles ouverts et des papiers dépliés auprès de chacun d’eux.

Je considérai ces hommes.

Certes, pour échapper aux obsessions de l’insupportable conscience, la plupart de ceux qui occupaient la salle avaient, depuis longtemps, assassiné leurs « âmes », espérant, ainsi, un peu plus de bien-être.

Comme j’écoutais le bruit des robinets de cuivre, scellés à la muraille, et destinés à l’arrosage quotidien