Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/175

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les paroles, réservés dans les enthousiasmes, contenus dans les désespoirs.

» C’est donc la qualité de nos facultés affectives qui nous vaut ces inculpations d’endurcissement ?… — En vérité, chère Lucienne, si nous tenions (ce qu’à Dieu ne plaise !) à cesser d’être incompris de la plupart des individus, — à revendiquer de leurs entendements un autre hommage que l’indifférence, — il serait à désirer, en effet, comme vous le disiez tout à l’heure, que, dans les grandes occasions, un bon acteur vînt se placer derrière nous, passât ses bras sous les nôtres, puis parlât et gesticulât pour notre compte. — Nous serions sûrs, alors, de toucher la foule par les seuls côtés qui lui sont accessibles.

Madame Emery considérait, très pensive, le comte de W***.

— Mais, vraiment, mon cher Maximilien, s’écria-t-elle, vous en viendrez à ne plus oser dire « bonjour » ou « bonsoir » de peur de paraître… emprunté… au commun des mortels ! — Vous avez des instants exquis et inoubliables, je l’avoue, et suis fière de vous les avoir inspirés… — Parfois, vous m’avez éblouie des profondeurs de votre cœur et des douces expansions de votre tendresse ; oui, jusqu’à je ne sais quels ravissements dont j’emporte à jamais l’étrange et troublant souvenir !… Mais, que voulez-vous !… vous m’échappez — d’un regard où je ne puis vous suivre ! — et je ne serai jamais bien persuadée que vous éprouvez vous-même, d’une manière autre qu’imaginaire, ce que vous faites ressentir. — C’est à