Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/198

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Tout à coup, il poussa un cri :

— J’y suis ! dit-il : le Remords !… — voilà ce qui sied à mon tempérament dramatique.

Il se regarda dans la glace en prenant un visage convulsé, contracté, comme par une horreur surhumaine :

— C’est cela ! conclut-il : Néron ! Macbeth ! Oreste ! Hamlet ! Érostrate ! — Les spectres !… Oh ! oui ! Je veux voir de vrais spectres, à mon tour ! — comme tous ces gens-là, qui avaient la chance de ne pas pouvoir faire un pas sans spectres.

Il se frappa le front.

— Mais comment ?… Je suis innocent comme l’agneau qui hésite à naître ?

Et après un temps nouveau :

— Ah ! qu’à cela ne tienne ! reprit-il : qui veut la fin veut les moyens !… J’ai bien le droit de devenir à tout prix ce que je devrais être. J’ai droit à l’Humanité ! — Pour éprouver des remords, il faut avoir commis des crimes ? Eh bien, va pour des crimes : qu’est-ce que cela fait, du moment que se sera pour… pour le bon motif ? — Oui… — Soit ! (Et il se mit à faire du dialogue :) — Je vais en perpétrer d’affreux. — Quand ? — Tout de suite. Ne remettons pas au lendemain ! — Lesquels ? — Un seul !… Mais grand ! — mais extravagant d’atrocité ! mais de nature à faire sortir de l’enfer toutes les Furies ! — Et lequel ? — Parbleu, le plus éclatant… Bravo ! J’y suis ! l’incendie ! Donc, je n’ai que le temps d’incendier ! de boucler mes malles ! de revenir, dûment blotti derrière