Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/249

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ment pénétré de douleur ; puis, se laissant retomber sur sa chaise :)

— Enfin ! nous sommes tous mortels ! ajouta-t-il d’une voix très basse. — (Puis il but un verre de rhum qu’il reposa, bruyamment, sur la table, et repoussa ensuite comme un calice.)

D***, en terminant ainsi, d’une voix brisée, avait fini par si bien captiver ses auditeurs, tant par le côté impressionnant de son histoire que par la vivacité de son débit, que, lorsqu’il se tut, les applaudissements éclatèrent. Je crus devoir joindre mes humbles félicitations à celles de ses amis.

Tout le monde était fort ému. — Fort ému.

— Succès d’estime ! pensai-je.

— Il a réellement du talent, ce D*** ! murmurait chacun à l’oreille de son voisin.

Tous vinrent lui serrer la main chaleureusement. — Je sortis.

À quelques jours de là, je rencontrai l’un de mes amis, un littérateur, et je lui narrai l’histoire de M. D*** telle que je l’avais entendue.

— Eh bien ! lui demandai-je en finissant : qu’en pensez-vous ?

— Oui. C’est presque une nouvelle ! me répondit-il après un silence. — Écrivez-la donc !

Je le regardai fixement.

— Oui, lui dis-je, maintenant je puis l’écrire : elle est complète.