Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/251

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très jeune encore, en Afrique, avaient rendu d’une débilité de tempérament et d’une sauvagerie de mœurs peu communes), la conversation tomba sur un sujet des plus sombres : il était question de la nature de ces coïncidences extraordinaires, stupéfiantes, mystérieuses, qui surviennent dans l’existence de quelques personnes.

— Voici une histoire, nous dit-il, que je n’accompagnerai d’aucun commentaire. Elle est véridique. Peut-être la trouverez-vous impressionnante.

Nous allumâmes des cigarettes et nous écoutâmes le récit suivant :

— En 1876, au solstice de l’automne, vers ce temps où le nombre, toujours croissant, des inhumations accomplies à la légère, — beaucoup trop précipitées enfin, — commençait à révolter la Bourgeoisie parisienne et à la plonger dans les alarmes, un certain soir, sur les huit heures, à l’issue d’une séance de spiritisme des plus curieuses, je me sentis, en rentrant chez moi, sous l’influence de ce spleen héréditaire dont la noire obsession déjoue et réduit à néant les efforts de la Faculté.

C’est en vain qu’à l’instigation doctorale j’ai dû, maintes fois, m’enivrer du breuvage d’Avicenne[1] ; en vain me suis-je assimilé, sous toutes formules, des quintaux de fer et, foulant aux pieds tous les plaisirs, ai-je fait descendre, nouveau Robert d’Arbrissel, le vif-argent de mes ardentes passions jusqu’à la tem-

  1. Le séné : (Avicéné) : (Hist.).