Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/337

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et de santal rouge, les aromates arabes, les grains d’encens mâle, sur les cassolette émaillées de pierres de Tharsis.

Aux deux côtés du trône, les Sars-d’armées, songeant toujours à la gloire de David, regardent, par instants, luire, autour d’eux, les herrebs des anciens d’Israël, qui, à travers les batailles, supportaient l’Arche du Sabaoth, — la Barque-d’alliance, où s’entrecroisent les deux stèles de la Loi sous le rouleau de la Thora écrit de la main même de Bar-Iokabëd, le moschë sublime, le Libérateur.

Autour de l’estrade, les nègres, vêtus d’écarlate, font osciller des flabelles d’autruche, incrustées par des sardoines aux tiges de longs roseaux d’or ; ils invoquent, tout bas, leur dieu Baal-Zéboub, le Seigneur des mouches.

Sur les degrés, des lynx féroces, bondissant dans leurs chaînes, veillent sur le lourd trépied d’onyx, œuvre d’Adoniram et de ses ciseleurs, où repose le sceptre d’Orient. Nul ne saurait séduire par des caresses, ni fléchir par des offrandes, les chiens mystérieux du Roi.

Entre les statues latérales, sous les candélabres à sept branches, les fleurs et les fruits de l’Hermon s’écroulent dans les porphyres. La table, chargée des présents de la reine Makédeïa, l’enchanteresse venue de la saba libyenne pour proposer des similitudes au roi de la Judée, ploie sous les coupes précieuses, les pannags de la Samarie, les herbes amères, les gazelles, les paons, les cédrats, les pains de propo-