Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/348

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Mais le Ministre regarde fixement les nuées au-dessus de Josaphat.

Le prince Réhabëam, n’osant dire « Mon père ! » au Roi-des-Mages, regarde aussi, mais avec un tremblement, l’effrayant aspect de l’espace :

— Quel nouveau visage prend la Nuit ! s’écrie-t-il.

Ceux de Lévi — les sectateurs du Que faut-il faire ? Je le fais ! — trébuchant de frayeur dans leurs robes sacrées, s’efforcent de haranguer les convives ; des cris les interrompent : ce sont les Industriels de l’or d’Ophir, hommes pleins de ruses, fort au-dessus des superstitions, mais qui estiment la science du Roi :

— Cent talents à qui réveillera le Maître !

Il ne disent pas si les talents seront d’argent ou d’or, et l’argent, sous le règne de Salomon, est, comme les pierres, sans aucune valeur.

De toutes parts ce sont des poitrines plus oppressées.

Les pâles musiciennes de Sidon, présent du roi Hiram, s’embrassent, dans l’ombre, avec de longs adieux : elles se disent à l’oreille, sur un rythme monotone, leur chant de mort où revient sans cesse le nom d’Astarté.

Les saras se tordent les bras et, contemplant l’Ecclésiaste :

— Rouvre les yeux, fils de David !

— Il nous abandonne ! Il est perdu devant la face même d’Addôn-aï ! s’écrient les Amorrhéennes plus amères que la Mort.