Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/355

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fiées, n’a-t-il pas conquis le rang précis et légitime où il pouvait parvenir ? N’a-t-il pas atteint sa limite glorieuse et suffi à ses futurs destins ?

Voici donc l’instant de sa vocation vers de plus hautes natures ! Son cercle est enfin révolu. De nouveaux efforts, désormais stériles, ne le rendraient que pareil à ces grands oiseaux solitaires qui, jaloux d’élévations toujours plus radieuses, battent inutilement des ailes dans des hauteurs irrespirables, devenues trop éthérées pour supporter leur poids et que leur vol ne dépasse plus.

Il attend le souffle libérateur d’Azraël.



Il attend !

Tout lui prouve la visitation de Dieu.

Il a souffert, pieusement, les dernières minutes d’angoisses bénies qui précèdent le salut.

Il va donc recevoir le prix de ses épreuves !… Il goûte déjà, sans doute, les joies suprêmes de l’Élection !

L’espérance de l’évasion prochaine le transfigure à tel point que le long éclair de ses prunelles, traversant la profondeur des ombres, sous les voûtes, suspend, un instant, le sommeil funèbre de la foule.

Çà et là, dans la brume, des yeux presque ressuscités le contemplent avec une religieuse épouvante.

Une seconde encore et le terme sera franchi de toute servitude !…