Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/71

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


ANTONIE


« Nous allions souvent chez la Duthé : nous y faisions de la morale et quelquefois pis. »
Le prince de Ligne.


Antonie se versa de l’eau glacée et mit son bouquet de violettes de Parme dans son verre :

— Adieu les flacons de vins d’Espagne ! dit-elle.

Et, se penchant vers un candélabre, elle alluma, souriante, un papelito roulé sur une pincée de phëresli ; ce mouvement fit étinceler ses cheveux, noirs comme du charbon de terre.

Nous avions bu du Jerez toute la nuit. Par la croisée, ouverte sur les jardins de la villa, nous entendions le bruissement des feuillages.

Nos moustaches étaient parfumées de santal — et, aussi, de ce qu’Antonie nous laissait cueillir les roses rouges de ses lèvres avec un charme tour à tour si sincère, qu’il ne suscitait aucune jalousie. Rieuse, elle se regardait ensuite dans les miroirs de la salle ;