Page:Villiers de L'Isle-Adam - L’Ève future, 1909.djvu/328

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geaient sur tout le ciel les branches de leur sinistre éventail. L’horizon donnait la sensation d’un décor ; l’air vibrait, énervant, sous les frissons d’un vent chaud et lourd qui faisait tournoyer des tas de feuilles tombées. Du sud au nord-ouest se roulaient de monstrueux nuages pareils à des monceaux de ouate violette, bordés d’or. Les cieux paraissaient artificiels ; au-dessus des montagnes septentrionales, de longs et fins éclairs, des éparres muets et d’aspect livide, s’entrecroisaient, pareils à des coups d’épée ; le fond des ombres était menaçant.

Le jeune homme ayant jeté un regard sur ce ciel, la voûte lui en sembla revêtue, en cet instant, du reflet de ses pensers. Il traversa l’allée et, arrivé au seuil du laboratoire, il eut une seconde d’hésitation : puis, voyant, à travers la vitre, miss Alicia Clary, dont c’était la dernière séance et qui récitait, sans doute, quelque dernier passage à maître Thomas, il entra.

Edison était fort tranquillement assis dans son fauteuil et vêtu de sa robe de chambre. Il tenait à la main des manuscrits.

Au bruit de la porte qui s’ouvrait, miss Alicia Clary se retourna.

― Tiens, s’écria-t-elle, lord Ewald !

Celui-ci s’était abstenu, en effet, de toute visite depuis la soirée terrible.

À l’aspect de l’élégant jeune homme, qui, en sa froideur sympathique, s’avançait vers lui, Edison se leva. Ils se serrèrent la main.

― Le télégramme que j’ai reçu tout à l’heure était d’une concision si éloquente que j’ai mis mes